Le Kudo est probablement l’un des arts martiaux japonais modernes qui illustrent le mieux la rencontre entre tradition martiale, réalisme du combat et sécurité du pratiquant. À première vue, son équipement peut sembler inhabituel : judogi bleu ou blanc, casque doté d’une visière transparente, petits gants permettant de saisir et coquille de protection. Pourtant, chacun de ces éléments répond directement à la philosophie et aux règles particulières du Kudo.
Pour comprendre pourquoi cet équipement est nécessaire, il faut d’abord revenir aux origines de la discipline et aux réflexions de son fondateur, Azuma Takashi.
Des origines dans le Karaté Kyokushin
Azuma Takashi a d’abord été un pratiquant de haut niveau du Karaté Kyokushin, sous la direction de Masutatsu Oyama. Il s’est notamment illustré en remportant le 9e championnat All Japan de Kyokushin en 1977.
Avec l’expérience de la compétition et de l’entraînement, Azuma en vient cependant à remettre en question certaines limites des règles du karaté de compétition. Parmi celles-ci : l’interdiction de frapper directement la tête avec les poings et l’absence d’un véritable travail de projections et de combat au sol.
Son questionnement était fondamental : comment conserver l’intensité et le réalisme du combat tout en permettant aux pratiquants de s’entraîner régulièrement avec un niveau de sécurité acceptable?
En 1981, il quitte le Kyokushin et fonde à Sendai le Karatedo Daido Juku. Son objectif est alors de développer une méthode plus complète combinant efficacité martiale et sécurité. Dès juin 1981, une première rencontre permet notamment les frappes au visage. En 1982 apparaît le tournoi Hokutoki, qui deviendra étroitement associé au développement de la discipline.
À mesure que la méthode évolue, elle dépasse progressivement le cadre traditionnel du karaté. Lors du premier Championnat du monde en 2001, Azuma choisit finalement le nom Kudo (空道). Selon la Kudo International Federation (KIF), il considérait alors que son art avait suffisamment évolué pour ne plus simplement être présenté comme une autre forme de karaté.
Le Kudo est aujourd’hui défini par la KIF comme un budo japonais complet, destiné à la fois à l’autodéfense, à l’éducation, au développement physique et mental et à la pratique sportive.
Un règlement qui explique l’équipement
L’équipement du Kudo prend tout son sens lorsqu’on regarde ce qui se passe pendant un combat.
Les pratiquants peuvent utiliser les coups de poing et de pied en plein contact, mais également les projections et différentes techniques de soumission. Un combat peut notamment être remporté par Ippon à la suite d’une frappe décisive ou d’une soumission efficace. Le règlement permet également l’attribution de Waza-ari, Yuko et Koka.
On se trouve donc devant une discipline qui emprunte des dimensions techniques au karaté, au judo, au jujutsu et aux sports de combat modernes, tout en conservant une identité de budo japonais.
Cette liberté technique nécessite cependant un équipement adapté.
Le pratiquant doit pouvoir frapper, mais aussi agripper le vêtement, entrer au corps à corps, projeter son adversaire et poursuivre certaines actions au sol. Un énorme gant de boxe serait donc mal adapté. À l'inverse, combattre à mains nues avec des frappes directes au visage rendrait difficile la pratique régulière.
Le matériel constitue ainsi une partie importante du compromis recherché par Azuma : augmenter le réalisme technique tout en contrôlant autant que possible les risques inhérents au combat.
Télécharger l'ensemble des règlements internationaux KUDO INTERNATIONAL FEDERATION (KIF)
Le judogi ou kudogi : blanc ou bleu
La tenue constitue la première pièce d’équipement à acquérir.
En Kudo, on utilise un kudogi, dont la conception rappelle naturellement le judogi. Ce choix est parfaitement logique : contrairement à plusieurs formes de karaté où les saisies sont limitées, le vêtement doit ici supporter le travail de corps à corps et les projections.
Les règlements internationaux prévoient deux couleurs : blanc et bleu. Lors d’un combat officiel, la couleur portée permet notamment de distinguer rapidement les deux combattants. Les règles KIF précisent également certaines caractéristiques concernant la longueur et la largeur des manches et du pantalon afin de permettre les saisies correctement et sécuritairement.
Pour quelqu’un qui débute et s’entraîne dans un dojo où le kudogi officiel n’est pas immédiatement requis, un judogi robuste peut constituer une excellente tenue d’entraînement, selon les exigences de l’instructeur.
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Attention toutefois si votre objectif est de participer à une compétition officielle de la Kudo International Federation : la KIF exige son équipement officiel dans les catégories concernées. Lors du championnat asiatique 2025, par exemple, les adultes devaient posséder les deux couleurs officielles, blanche et bleue.
Le casque de Kudo : l’équipement emblématique
S’il existe une pièce d’équipement immédiatement associée au Kudo, c’est certainement son casque avec protection faciale transparente.
Cette protection est directement liée à l’une des grandes motivations qui ont conduit Azuma à développer son système : permettre les frappes au visage dans un contexte de combat beaucoup plus libre.
Le casque officiel actuel est désigné par la KIF comme le Neo Headgear KU.
La visière protège directement le visage contre une partie des impacts et évite notamment que chaque coup de poing atteigne directement le nez, les lèvres ou les arcades. Elle permet ainsi d’intégrer les attaques au visage dans l’entraînement et la compétition.
Il faut cependant éviter une fausse impression : porter un casque ne rend pas les impacts inoffensifs. La tête continue de subir des accélérations lors des frappes. Le contrôle, la progression pédagogique et le respect des partenaires demeurent donc essentiels.
Pour l’entraînement, le casque permet néanmoins de travailler avec une réalité tactique particulièrement intéressante : lorsqu’un coup de poing peut véritablement atteindre le visage, la distance, la garde, les déplacements et les entrées au corps à corps prennent une tout autre signification.
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Les gants de Kudo
Le deuxième élément caractéristique est le gant de Kudo, ou Kudo Fist Guard dans la nomenclature officielle.
Il est beaucoup plus compact qu’un gant de boxe traditionnel.
Pourquoi?
Parce que le combattant doit conserver sa capacité à saisir.
En Kudo, les mains servent à frapper, mais également à contrôler l’adversaire, saisir son dogi, travailler dans le clinch, préparer une projection ou participer au combat au sol. Un gant trop volumineux supprimerait une grande partie de cette dimension technique.
Le gant constitue donc lui aussi un compromis entre protection et fonctionnalité.
Pour un débutant, c’est un aspect particulièrement intéressant du Kudo. On apprend rapidement que les différentes distances de combat ne sont pas indépendantes : un coup de poing peut préparer une saisie, la saisie peut conduire à une projection et la projection peut mener au contrôle ou à la soumission.
C’est cette continuité entre les phases du combat qui fait une grande partie de la richesse de la discipline.
Pour une compétition KIF, assurez-vous toutefois d’utiliser le Kudo Fist Guard homologué demandé par l’organisation. Les règles officielles interdisent notamment les modifications à l’équipement approuvé.
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La coquille : petite pièce, grande importance
La coquille de protection, souvent portée avec un jock strap, est une pièce beaucoup moins visible, mais absolument essentielle.
Le règlement officiel masculin prévoit d’ailleurs le port d’un foul cup sous le pantalon.
Dans une discipline comprenant coups de pied, coups de genou, corps à corps et projections, une protection génitale adaptée est indispensable.
Le choix devrait se faire selon trois critères principaux : protection, stabilité et confort.
Une coquille qui se déplace constamment devient gênante et peut même offrir une mauvaise protection au moment où elle est nécessaire. Il est donc important de choisir la bonne taille et de vérifier qu’elle reste correctement positionnée pendant les déplacements, les coups de pied et le travail au sol.
Fait intéressant pour les compétiteurs internationaux : les documents récents de la KIF indiquent que la coquille masculine, tout comme le protège-dents, peut être d’une autre marque que l’équipement officiel Kudo.
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D’autres protections selon le pratiquant et la catégorie
Le casque, les gants et la coquille constituent l’équipement de base le plus caractéristique, mais ils ne représentent pas nécessairement l’ensemble du matériel.
Selon l’âge, le sexe et la catégorie de compétition, la KIF prévoit notamment des protections de tibias, protections de bras et protections de poitrine. Un protège-dents est également exigé par le règlement de compétition.
Les exigences ne sont pas exactement les mêmes pour un adulte, un junior ou une pratiquante. Les règlements sont justement adaptés afin de tenir compte des différentes catégories et de renforcer la sécurité.
Avant une compétition, il est donc toujours préférable de consulter le règlement applicable à l’événement et de valider son équipement auprès de son instructeur.
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Bien s’équiper pour mieux pratiquer
Le matériel de Kudo raconte finalement une partie de l’histoire de cet art martial.
Azuma Takashi ne cherchait pas simplement à inventer une nouvelle compétition. Son questionnement portait sur la manière de développer un budo plus complet, permettant de confronter les techniques à une opposition réelle tout en établissant des règles et des protections permettant aux pratiquants de continuer à apprendre.
Le judogi ou kudogi permet les saisies et les projections. Le casque permet d’intégrer les frappes au visage. Les petits gants protègent les mains tout en conservant la capacité de saisir. La coquille et les autres protections réduisent certains risques associés au plein contact.
L’équipement n’est donc pas accessoire au Kudo : il participe directement à sa méthode.
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À propos de l'auteur
Larry Foisy enseigne les arts martiaux depuis plus de 30 ans. Il est 6e dan Shihan/Renshi en Shorinjiryu Karatedo et est également reconnu comme Shihan par la Dai Nippon Butoku Kai de Kyoto, au Japon. Kinésithérapeute de formation et titulaire d'une maîtrise en informatique, il allie les connaissances scientifiques à une pratique martiale traditionnelle.
Fondateur et directeur du Centre d'arts martiaux Larry Foisy ainsi que de la boutique spécialisée e-TAO.ca, il enseigne quotidiennement le Karatedo, le Iaido (Muso Jikiden Eishin-ryu, 3e dan) et l'Iaijutsu (2e dan KNBK), le Koshiki — dont il est ancien champion du monde, arbitre international et organisateur du Championnat canadien ouvert —, le Kudo, le Kyusho-jitsu (2e dan), le Goshin-jutsu (autodéfense) ainsi que le Bukki-ho (armes traditionnelles d'Okinawa).
Son parcours comprend également le judo (1er kyu), le Muay Thaï et l'aïkido. Il pratique également le jiu-jitsu brésilien et le Tai Chi Chuan. Animé par une passion profonde pour le budo, il a choisi de consacrer sa vie à l'étude, à la pratique et à la transmission des arts martiaux traditionnels.
À travers ses chroniques, Larry Foisy souhaite partager non seulement des connaissances techniques, historiques et philosophiques, mais aussi les valeurs de respect, de rigueur, de persévérance et de développement personnel qui constituent le véritable héritage des arts martiaux.